Ancienneté ne rime pas avec maîtrise : revoir vos critères de promotion

Dans la plupart des grilles de promotion managériale, l’ancienneté reste un critère implicite majeur : on promeut le collaborateur qui a « fait ses preuves » dans la durée, on fait confiance au manager qui cumule dix ans de poste plus qu’à celui qui en a trois. C’est un réflexe RH raisonnable en apparence. Les données du panel OPMA 2026 invitent à le questionner sérieusement.

Sur plusieurs comportements managériaux structurants, les managers ayant entre deux et cinq ans d’expérience obtiennent des scores supérieurs à ceux qui en ont plus de dix. Ce n’est pas un signal anecdotique : le panel est majoritairement composé de managers expérimentés, ce qui rend la tendance d’autant plus difficile à ignorer. Pour un décideur RH, la question opérationnelle n’est pas « ce paradoxe est-il vrai partout » — c’est un signal de première édition, à confirmer dans le temps — mais : « mes critères de promotion actuels sont-ils capables de repérer ce que ce paradoxe révèle ? »

Ce que l’ancienneté ne mesure pas

L’ancienneté capture bien l’aisance relationnelle et la confiance accumulée : un manager qui dure inspire souvent plus naturellement, gère mieux les tensions visibles, a construit un capital de confiance avec ses équipes. C’est réel, et ça compte.

Mais l’ancienneté ne dit rien de la maîtrise des comportements les plus structurants pour la durabilité d’une équipe : déléguer avec une autonomie réelle, structurer des rituels collectifs, aller chercher activement un retour sur sa propre pratique. Ce sont précisément les comportements sur lesquels le panel montre que les managers plus récents dans la fonction ne sont pas désavantagés — parfois même l’inverse. Une grille de promotion qui s’appuie surtout sur le temps passé au poste risque donc de récompenser le mauvais proxy : l’aisance relationnelle plutôt que la capacité à installer des mécanismes qui font tenir une équipe sans dépendre en permanence de la présence du manager.

Ce qu’il faut vérifier à la place — et comment

Trois ajustements concrets à apporter à un process de promotion managériale :

Remplacer l’entretien déclaratif par l’observation comportementale. Demander à un candidat « comment déléguez-vous ? » produit presque toujours une réponse favorable — c’est un biais universel de toute auto-évaluation, pas une question de sincérité du candidat. Ce qui est vérifiable, en revanche : observer une situation réelle de délégation sur les 3 à 6 mois précédant la décision, ou demander des exemples précis et récents plutôt que des principes généraux (« racontez la dernière fois où vous avez délégué une tâche à enjeu, et ce que vous avez laissé de marge de décision au collaborateur »).

Ajouter un signal côté équipe, pas seulement côté hiérarchie. La hiérarchie voit la performance business et la posture en réunion de direction. Elle voit rarement si un manager sollicite du feedback de son équipe ou structure des points de développement individuel. Un signal court et anonyme collecté auprès de l’équipe actuelle du candidat avant la décision — sur des comportements précis, pas sur une appréciation générale — comble cet angle mort à moindre coût.

Introduire une période probatoire ciblée sur les comportements, pas sur les résultats. Le résultat business d’un nouveau manager met souvent plusieurs mois à se lire. Les comportements structurants, eux, sont observables dès les premières semaines : est-ce qu’un rituel d’équipe a été mis en place, est-ce qu’un cadrage clair de rôles a été communiqué, est-ce qu’un premier cycle de feedback formalisé a eu lieu. Une checklist courte, suivie à 30/60/90 jours, donne un signal précoce que l’ancienneté ne peut pas donner pour un candidat qui n’a encore jamais managé, ou qui change de périmètre.

Ce que ça change dans votre process RH

Rien de tout cela ne demande de refondre la grille de promotion existante. Il s’agit d’ajouter, en amont de la décision, un ou deux points de vérification comportementale ciblés sur les pratiques que l’ancienneté ne garantit pas — délégation réelle, rituels collectifs, sollicitation de feedback — plutôt que de se reposer sur le seul historique de poste et la performance business individuelle. C’est un ajustement de process léger, pas une réorganisation.

Étude OPMA 2026 — Observatoire des Pratiques Managériales en Afrique, panel de 188 managers dans 7 pays d’Afrique francophone (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Gabon, Cameroun, Sénégal, Congo-RDC, Bénin).

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