Trois managers sur quatre du panel OPMA 2026 ont suivi une formation en management. C’est une proportion élevée qui traduit un véritable effort de professionnalisation au sein des organisations représentées. On pourrait s’attendre à ce que cet investissement se traduise clairement par les pratiques observées : un manager formé, en théorie, devrait se distinguer nettement d’un manager qui a appris sur le tas.
Ce n’est pas ce que montre le panel. L’écart entre managers formés et managers non formés reste étonnamment faible sur l’ensemble des comportements mesurés. La formation, telle qu’elle est aujourd’hui dispensée et suivie, ne semble pas créer la différence de pratique qu’on serait en droit d’attendre.
Ce paradoxe n’est pas une surprise isolée
Il s’inscrit dans la même logique que le paradoxe de l’expérience mis en évidence dans cette série : ni les années passées dans la fonction, ni la formation reçue, ne garantissent à eux seuls une transformation durable des comportements managériaux. Deux voies différentes — le temps et l’apprentissage formel — mènent au même constat. Ce qui compte n’est peut-être ni l’un ni l’autre pris isolément, mais ce qui se passe entre les deux : la mise en pratique répétée, accompagnée et mesurée dans la durée.
Ce que ça ne veut pas dire
Ce résultat ne signifie pas que la formation est inutile. Il signifie que la formation seule — la transmission d’un contenu, aussi pertinent soit-il, sur deux jours ou quatre modules à distance — ne suffit pas à ancrer un nouveau comportement dans le quotidien d’un manager sous pression. Savoir ce qu’il faudrait faire et le faire réellement, une fois de retour dans l’urgence opérationnelle, sont deux choses différentes. L’écart se creuse précisément là.
Où se situe l’écart réel
Le panel donne un indice de taille : ce sont les comportements les plus structurants et les plus exigeants en constance — clarifier les rôles, instaurer des rituels collectifs, solliciter du feedback sur sa propre pratique — qui restent les plus fragiles, indépendamment du niveau de formation déclaré. Ce sont aussi les comportements les plus difficiles à transmettre par un contenu théorique, parce qu’ils ne s’apprennent pas, ils se pratiquent, s’ajustent et se répètent avec un retour d’expérience régulier.
Une formation transmet un cadre de référence. Elle ne remplace pas l’expérimentation accompagnée, le droit à l’erreur mesuré, et le suivi dans le temps qui transforment ce cadre en réflexe.
Ce que ça change pour les organisations qui investissent dans la formation managériale
La question n’est pas de réduire l’investissement en formation, mais de revoir sa nature. Un dispositif de formation qui se limite à la transmission de savoirs produit des managers informés, pas nécessairement des managers transformés. Ce qui semble manquer structurellement, à la lumière de ces résultats, ce sont les dispositifs d’ancrage comportemental : mise en situation réelle, accompagnement individuel après la formation, mesure régulière des pratiques effectivement adoptées — et non plus seulement des connaissances acquises.
Concrètement, une organisation qui veut un vrai retour sur son investissement en formation managériale a intérêt à interroger ce qui se passe après le dernier jour de formation, pas seulement pendant. Un coaching de suivi, des points d’ancrage à 30, 60, 90 jours, une mesure des comportements réellement mis en œuvre sur le terrain : c’est cet après-formation, largement absent des dispositifs classiques, qui semble faire la différence que la formation seule ne produit pas.
Ce que ces deux paradoxes révèlent ensemble
Le paradoxe de l’expérience et celui de la formation racontent la même histoire sous deux angles différents : dans le management africain observé par l’OPMA, la maturité managériale ne se décrète ni par le temps, ni par le diplôme. Elle se construit par une pratique délibérée, accompagnée et régulièrement questionnée — ce qui est précisément ce que l’édition 2027 de l’Observatoire aura pour mission de mesurer dans la durée.
Ceci clôt le deuxième volet de cette série, consacré aux paradoxes du panel 2026. Le prochain article changera d’angle pour s’intéresser à l’ICM et à ce qu’il révèle sur la durabilité du système managérial dans son ensemble — un indicateur qui ne mesure pas un niveau de performance, mais un risque de décrochage.
Étude OPMA 2026 — Observatoire des Pratiques Managériales en Afrique, panel de 188 managers dans 7 pays d’Afrique francophone (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Gabon, Cameroun, Sénégal, Congo-RDC, Bénin).

