Contextualiser le management sans enfermer l’Afrique dans sa culture

La réponse en 30 secondes

La culture influence le management, mais elle n’explique jamais tout. Les pratiques dépendent aussi des institutions, de l’organisation, du secteur, de l’équipe et de la trajectoire des personnes. Contextualiser consiste à articuler ces niveaux sans réduire les managers à une identité culturelle supposée.

Le contexte n’est pas un décor

Dans de nombreuses recherches, le pays est présenté au début de l’étude puis disparaît de l’analyse. Le contexte devient un décor : quelques informations économiques, des références à la culture nationale, puis l’application d’un modèle classique.

À l’inverse, certaines analyses expliquent presque chaque comportement par « la culture africaine ». La centralisation, le silence, la solidarité ou le rapport au temps seraient les expressions d’un même héritage collectif.

Ces deux approches sont insuffisantes. La première ignore le contexte. La seconde l’utilise comme explication totale.

Le risque de l’essentialisme

L’essentialisme consiste à attribuer à un groupe des caractéristiques stables et homogènes. Dire que « les Africains sont collectivistes » ou que « le manager africain est paternaliste » transforme une tendance possible en identité permanente.

Cette simplification produit plusieurs effets. Elle efface les différences entre pays. Elle ignore les évolutions générationnelles. Elle sous-estime l’influence des entreprises et donne l’impression que les individus reproduisent mécaniquement leur culture.

Elle peut aussi devenir une prophétie managériale. Si l’on suppose qu’un collaborateur attend une autorité forte, on lui accorde moins d’autonomie. Son comportement dépendant est ensuite utilisé pour confirmer l’hypothèse initiale.

Six niveaux à distinguer

Le niveau individuel

Âge, formation, expérience, genre, mobilité internationale et histoire personnelle influencent les pratiques. Deux managers du même pays peuvent avoir des conceptions très différentes de l’autorité.

Le niveau de l’équipe

La taille de l’équipe, sa diversité, la nature du travail et les relations antérieures modifient les comportements. Le feedback n’a pas le même sens dans une équipe stable et dans une équipe récemment réorganisée.

Le niveau organisationnel

Les systèmes d’évaluation, les règles de promotion, le style de la direction et la gouvernance déterminent ce qui est possible. Une organisation punitive décourage la parole, quelle que soit la culture nationale.

Le niveau sectoriel

Une banque, une mine, une administration et une start-up sont soumises à des contraintes différentes. La réglementation, les risques et les compétences disponibles influencent le degré de centralisation.

Le niveau institutionnel

Le droit, le système éducatif, les marchés du travail et la qualité des institutions façonnent les organisations. L’informel peut compenser des institutions fragiles ou constituer une manière ordinaire de coordonner l’action.

Le niveau culturel et historique

Les conceptions du statut, de la réciprocité, de la famille et du conflit comptent réellement. Mais leur influence dépend des autres niveaux. Une norme sociale ne produit pas automatiquement le même comportement dans toutes les situations.

Culture, institutions et histoire

Trois cadres théoriques sont souvent mobilisés pour contextualiser le management africain.

L’approche culturaliste étudie les valeurs et les significations partagées. Elle aide à comprendre pourquoi une pratique acceptable dans un contexte peut être rejetée dans un autre.

L’approche institutionnaliste analyse les règles formelles et informelles. Elle montre comment les organisations s’adaptent à leur environnement réglementaire et économique.

L’approche postcoloniale rappelle que les catégories de management ne sont pas neutres. Elles ont été produites dans des rapports historiques de pouvoir et peuvent présenter certaines pratiques comme modernes et d’autres comme retardées.

Une analyse robuste doit faire dialoguer ces perspectives au lieu d’en choisir une seule.

L’ethnicité comme relation et non comme étiquette

Les recherches enracinées montrent que l’ethnicité ne fonctionne pas seulement comme une caractéristique fixe. Elle peut être mobilisée, neutralisée ou transformée selon la situation.

Une appartenance peut faciliter la confiance dans un réseau. Elle peut aussi susciter une méfiance lorsqu’un favoritisme est redouté. Son effet dépend des acteurs, de l’histoire de l’organisation et des enjeux du moment.

Une enquête quantitative qui demande seulement l’appartenance déclarée du répondant ne suffit pas pour comprendre ces mécanismes. L’observation, les entretiens et l’analyse des interactions sont indispensables.

Ce que les études de cas changent

Les études menées dans des organisations africaines révèlent souvent des combinaisons inattendues. Des pratiques très formalisées coexistent avec des arbitrages relationnels. Des managers adoptent un discours participatif tout en conservant certaines décisions. Des collaborateurs peuvent rechercher plus d’autonomie tout en attendant une protection personnelle de leur supérieur.

Ces contradictions ne sont pas des anomalies. Elles montrent que les acteurs composent avec plusieurs normes.

Ce que cela implique pour l’OPMA

L’OPMA permet d’identifier des tendances. Mais interpréter une moyenne comme une caractéristique culturelle serait excessif.

Pour approfondir l’analyse, les prochaines éditions pourraient comparer :

  • les pays et les régions sans supposer leur homogénéité ;
  • les secteurs et tailles d’organisation ;
  • les entreprises locales et filiales multinationales ;
  • les managers formés localement et ceux exposés à plusieurs systèmes ;
  • les autoévaluations et perceptions des collaborateurs.

Il faudrait également tester si le questionnaire mesure les mêmes constructions dans chaque contexte. Un score de 4 sur le feedback peut ne pas correspondre à la même pratique selon les normes de communication.

Une règle de prudence

Plus une explication culturelle paraît simple, plus elle mérite d’être confrontée à des explications organisationnelles, institutionnelles et biographiques.

Contextualiser ne consiste pas à ajouter quelques proverbes africains à un modèle existant. Il s’agit de reconstruire l’analyse à partir des situations, des institutions et du sens que les acteurs donnent à leurs pratiques.

Pour poursuivre la réflexion

Références principales

  • Livian, Y. F. — Contextualiser le management africain ? Oui, mais comment ?
  • Apitsa, S. M. — L’actualité de l’ethnicité dans la recherche enracinée.
  • Ngantchou, A. et Biwolé Fouda, J. — La recherche sur le management en Afrique.
  • Gning, N. N. — Management africain et personnalité.