Le score de 90/100 qui ne veut pas dire ce que vous croyez

Parmi les six indicateurs publiés par l’OPMA, l’un affiche un score de 90 sur 100 — le plus élevé de toute l’étude. Sur le papier, c’est le meilleur résultat du panel. Ce n’est pas ce qu’il faut en retenir.

Cet indicateur, l’ICM, ne mesure pas un niveau de performance. Il mesure autre chose, plus discret et plus utile : la cohérence entre ce qu’un système managérial produit en pratiques observables, et sa capacité à apprendre de ces pratiques pour les faire durer. Ce n’est pas une note de réussite. C’est un détecteur de risque.

Un indicateur qui ne regarde que dans un sens

La plupart des indicateurs d’une étude comme celle-ci répondent à la question : « est-ce que c’est bon ? » L’ICM répond à une question différente : « est-ce que ça tient ? » Il compare le rythme auquel les pratiques managériales progressent au rythme auquel la capacité à les questionner, les ajuster et les capitaliser progresse elle aussi. Tant que les deux avancent au même rythme, il n’y a pas d’alerte — peu importe si le niveau absolu des pratiques est élevé ou modeste.

C’est un choix de conception assumé, pas une limite de l’indicateur : l’ICM est construit pour détecter un seul type de danger, celui où l’exécution prend une avance dangereuse sur la capacité d’apprentissage. Un manager qui progresse doucement sur les deux plans à la fois ne déclenchera jamais d’alerte ICM — et c’est normal, puisque ce n’est pas ce risque-là que l’indicateur cherche à révéler.

Ce que le 90 du panel signifie réellement

Au niveau agrégé du panel 2026, ce score élevé indique qu’il n’y a pas, à l’échelle du système observé, de décrochage massif entre l’ampleur des pratiques et la capacité collective à les faire évoluer. C’est une nouvelle rassurante sur un point précis : le risque d’un système qui s’emballe sans se corriger n’est pas le risque dominant de cette édition.

Mais ce chiffre ne doit surtout pas être lu comme un satisfecit global. Il ne dit rien, par construction, des fragilités déjà identifiées ailleurs dans cette série : le silence organisationnel autour du feedback ascendant, l’engagement qui repose sur la relation plutôt que sur des rituels installés, la formation qui peine à transformer durablement les comportements. Ces angles morts continuent d’exister sous un score de cohérence élevé, précisément parce que la cohérence et la qualité ne mesurent pas la même chose. Un système peut être cohérent — capacité et pratique alignées — sans que ni l’une ni l’autre n’atteignent un niveau ambitieux.

L’erreur de pilotage à éviter

La tentation la plus naturelle pour une organisation qui découvre son propre score ICM est de chercher à le faire monter, comme n’importe quel autre indicateur. C’est une erreur de lecture. Un ICM déjà élevé n’a plus grand-chose à gagner à être « amélioré » : au plafond, il ne hiérarchise plus les degrés de réussite, il confirme simplement l’absence du décrochage qu’il est conçu pour repérer. Chercher à le faire progresser davantage revient à optimiser un signal d’alarme qui ne sonne déjà pas.

Le bon réflexe est inverse : quand l’ICM est élevé, l’attention doit se porter sur les fondamentaux eux-mêmes — la qualité réelle des pratiques et de la capacité réflexive qui les sous-tend — et non sur le ratio qui les relie. Quand l’ICM est bas, en revanche, c’est le signal le plus actionnable de tout le référentiel : il indique précisément qu’il faut ralentir le déploiement de nouvelles pratiques le temps d’installer les mécanismes d’apprentissage — rituels, feedback structuré, capitalisation des expériences — qui permettront de les rendre durables.

Ce que ça change pour une organisation

Un ICM élevé n’est jamais une raison de motiver davantage les managers à mieux faire : ce n’est pas un problème de volonté. C’est une raison de vérifier que les fondations sont bien à la hauteur de ce qui a été construit dessus, et de continuer à investir dans les mécanismes de structuration plutôt que dans l’incitation individuelle. L’ICM ne dit pas où aller. Il dit seulement si le chemin parcouru jusqu’ici tient debout.

C’est le sixième et dernier volet de cette première série consacrée aux résultats de l’OPMA 2026. Les prochains contenus s’orienteront naturellement vers des rapports personnalisés.

Étude OPMA 2026 — Observatoire des Pratiques Managériales en Afrique, panel de 188 managers dans 7 pays d’Afrique francophone (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Gabon, Cameroun, Sénégal, Congo-RDC, Bénin).

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