Ubuntu est devenu l’un des concepts les plus associés au leadership africain. Il évoque l’interdépendance, la dignité et la responsabilité envers le collectif. Mais une organisation qui parle de communauté fonctionne-t-elle nécessairement selon ces principes ? Cet épisode distingue la philosophie, les discours et les pratiques afin de comprendre ce qu’Ubuntu peut apporter au management et les contradictions qu’il peut parfois dissimuler.
Dans cet épisode
- Pourquoi Ubuntu constitue d’abord une philosophie morale.
- La différence entre une valeur affichée et une pratique observable.
- La face cachée de la solidarité et de l’harmonie.
- La question décisive : qui appartient réellement au « nous » ?
- Comment observer Ubuntu dans les décisions et les systèmes de l’organisation.
Une vision relationnelle puissante
Ubuntu rappelle que personne ne se construit seul. Appliqué au management, il invite à reconnaître la coopération, la dignité et la responsabilité envers les parties prenantes.
Le mot ne constitue pas une preuve
Inscrire Ubuntu dans une charte ne garantit ni le partage du pouvoir, ni l’équité, ni la protection des personnes vulnérables. Une valeur devient crédible lorsqu’elle transforme les décisions difficiles.
Qui appartient au collectif ?
Une équipe peut être très solidaire avec ses membres historiques et exclure les nouveaux arrivants. L’inclusion se mesure par l’accès à l’information, à la parole, aux ressources et aux opportunités.
L’harmonie et le pouvoir
Le consensus peut provenir d’une délibération authentique ou de l’autocensure. Une organisation inspirée par Ubuntu doit permettre de contredire le dirigeant sans être exclu du collectif.
Ce que l’OPMA peut observer
La confiance et le sens du collectif déclarés dans l’OPMA sont compatibles avec certaines valeurs d’Ubuntu, sans en constituer une preuve. La faiblesse du feedback ascendant invite notamment à distinguer chaleur relationnelle et réciprocité réelle.
Une organisation peut être relationnelle sans être réciproque, collective sans être inclusive et harmonieuse sans être ouverte au désaccord.
Et dans votre organisation ?
Dans votre organisation, le « nous » permet-il réellement à chacun d’exister, ou demande-t-il parfois aux personnes de se taire pour préserver l’harmonie ?
Pour approfondir
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Je suis parce que nous sommes. Cette formule exprime une idée puissante : personne ne se construit seul. Ubuntu nous parle de solidarité, de dignité et de responsabilité collective. Dans un monde du travail marqué par l’individualisme, cette vision fait du bien. Mais une entreprise qui parle de communauté fonctionne-t-elle nécessairement selon ses principes ? Ubuntu est d’abord une philosophie morale, pas une méthode de management en cinq étapes. L’écoute et la compassion peuvent traduire son esprit, mais elles ne suffisent pas. Une équipe soudée peut aussi exclure les nouveaux. La solidarité peut devenir une obligation contraignante. L’harmonie peut cacher le silence. La question essentielle devient alors : qui appartient au nous ? Les salariés, les fournisseurs, les communautés, les personnes éloignées du réseau dominant ? Toute organisation comporte également des rapports de pouvoir. Le consensus peut résulter d’une véritable discussion ou de la peur de contredire. Une organisation inspirée par Ubuntu doit permettre à chacun de rester membre du collectif même lorsqu’il exprime un désaccord. Pour observer Ubuntu, il faut examiner les actes : les ressources sont-elles distribuées selon des critères explicites ? Les erreurs donnent-elles lieu à un apprentissage ? Les personnes vulnérables sont-elles prises en compte ? Le collectif soutient-il l’autonomie ou impose-t-il la conformité ? L’OPMA montre une confiance et un sens du collectif relativement élevés, mais cela ne prouve pas la présence d’Ubuntu. Le véritable enjeu n’est pas de savoir si les dirigeants utilisent le mot. Il est de déterminer si leurs décisions donnent une réalité à ses principes.
Vous venez d’écouter Les Cahiers audio de l’OPMA. Pour prolonger cette conversation et retrouver les références scientifiques qui la soutiennent, consultez la version écrite de l’article sur le blog de l’OPMA.
Podcast : Les Cahiers audio de l’OPMA
Présentation : Stephan Coridon
Production : Observatoire des Pratiques Managériales en Afrique
Thème : Recherche sur le management africain

