Les idées utilisées pour penser le management en Afrique ont une histoire. Elles ont été influencées par les indépendances, les réformes économiques, la mondialisation et la circulation de modèles élaborés ailleurs. Cet épisode examine une question décisive : l’Afrique est-elle seulement un terrain sur lequel on applique des théories existantes, ou peut-elle devenir un espace de production de nouvelles connaissances managériales ?
Dans cet épisode
- Le rôle des indépendances dans la formation des cadres et la construction des États.
- L’influence des ajustements structurels et des modèles internationaux de performance.
- La différence entre étudier l’Afrique et produire des théories à partir de ses réalités.
- Ce que signifie contextualiser et conduire une recherche enracinée.
- Les questions que cette histoire adresse au référentiel de l’OPMA.
Une histoire qui continue d’agir
Aucun outil de management n’est totalement neutre. Derrière chaque modèle se trouve une certaine conception de l’autorité, de la performance et de l’entreprise. Revenir sur l’histoire permet d’éviter de considérer les cadres actuels comme universels simplement parce qu’ils sont largement enseignés.
Des indépendances aux ajustements structurels
Après les indépendances, manager signifie aussi construire des capacités nationales, former des cadres et participer à la souveraineté. Avec les crises des années 1980 et 1990, la priorité se déplace vers la rationalisation, le contrôle et la performance. Une tension durable apparaît : les difficultés viennent-elles d’un manque de méthodes modernes ou de l’inadaptation de certaines méthodes aux réalités locales ?
L’Afrique observée, mais encore peu productrice de concepts
À partir des années 2000, les organisations africaines deviennent plus visibles dans la recherche. Elles fournissent des terrains, des données et des cas. Pourtant, les concepts mobilisés restent souvent produits ailleurs. Être étudié ne signifie donc pas encore participer à la définition des questions.
Partir des situations
Une recherche enracinée commence par écouter les acteurs, observer les pratiques et accepter que le terrain remette en cause les catégories initiales. Elle ne rejette pas les théories internationales. Elle refuse simplement d’expliquer avant d’avoir compris.
Ce que cela change pour l’OPMA
Les six dimensions de l’OPMA sont utiles, mais proches de cadres largement diffusés dans les formations internationales. Leur pertinence doit être testée dans les contextes étudiés. Il faut aussi rechercher ce que la grille actuelle ne mesure pas : finalités, institutions, formes d’hybridation et distance entre règles officielles et pratiques réelles.
L’Afrique ne doit plus seulement demander comment appliquer un modèle. Elle doit aussi demander ce que ses réalités révèlent que le modèle ne permet pas encore de comprendre.
Et dans votre organisation ?
Les modèles utilisés dans votre organisation vous aident-ils réellement à comprendre votre réalité, ou vous obligent-ils parfois à la décrire avec des mots qui ne sont pas les vôtres ?
Pour approfondir
Lire l’article de recherche associé
Lire la synthèse détaillée de l’épisode
Imaginez que nous entrions ensemble dans une grande bibliothèque consacrée au management. Nous y trouvons des milliers de livres sur la stratégie, le leadership et la performance. Mais lorsque nous cherchons comment les organisations africaines fonctionnent réellement, les étagères deviennent moins fournies. Et lorsque l’Afrique apparaît, elle est souvent présentée comme un terrain sur lequel une théorie conçue ailleurs vient être testée. Nous sommes présents dans les données, mais beaucoup moins dans les concepts. Pour comprendre cette situation, il faut remonter aux indépendances, lorsque manager signifiait aussi construire des États, former des cadres nationaux et développer des capacités nouvelles. Puis viennent les ajustements structurels. Le langage change : rationaliser, privatiser, contrôler et améliorer la performance. Ces réformes répondent à des problèmes réels, mais elles installent une question durable : cherchons-nous à améliorer les organisations ou à les rapprocher d’un modèle extérieur ? Avec la mondialisation, l’Afrique devient davantage observée. L’entrepreneuriat, l’informel, l’innovation et le leadership attirent l’attention. Pourtant, le continent fournit encore souvent les données tandis que les concepts restent élaborés ailleurs. Le tournant de la contextualisation invite alors à considérer les réalités africaines comme des dimensions théoriques et non comme de simples décors. Il faut écouter avant d’expliquer. Comprendre les mots employés, les règles non écrites, les finalités et les contradictions. Pour l’OPMA, cette histoire impose une exigence : accepter que ses propres catégories soient discutées et éventuellement complétées. L’Afrique peut devenir un lieu depuis lequel on pense le management. Non pour opposer un savoir africain pur à un savoir occidental, mais pour produire des connaissances enracinées, rigoureuses et capables de voyager. La question n’est plus seulement : comment appliquer ce modèle en Afrique ? Elle devient : que nous apprend cette situation africaine que le modèle actuel ne permet pas encore de comprendre ?
Vous venez d’écouter Les Cahiers audio de l’OPMA. Pour prolonger cette conversation et retrouver les références scientifiques qui la soutiennent, consultez la version écrite de l’article sur le blog de l’OPMA.
Podcast : Les Cahiers audio de l’OPMA
Présentation : Stephan Coridon
Production : Observatoire des Pratiques Managériales en Afrique
Thème : Recherche sur le management africain

